Crypto ou actions : pourquoi je n'ai jamais mis un euro dans la première (hormis Bitcoin)
Aug 12, 2026
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Tu vas tomber sur un gars de 25 ans, adossé à une voiture qui n'est pas la sienne, qui t'explique que la bourse c'est lent, que c'est bon pour les vieux, et que le vrai truc c'est le token dont personne n'a encore entendu parler.
Et quelque part, ça te travaille. Parce que toi tu mets de côté chaque mois en essayant de faire les choses proprement — et lui, il a l'air d'avoir trouvé le raccourci.
Alors posons la question franchement : pourquoi je n'ai jamais mis un euro en crypto ? Et je ne vais pas commencer par « c'est haram ». D'abord parce que je ne suis pas un savant. Ensuite parce que ce n'est même pas là que le sujet se joue.
💡 La question qui trie tout
Warren Buffett a une façon de trier les actifs que j'utilise depuis le jour où je l'ai comprise. Elle tient en une question : « Qu'est-ce que ça produit ? »
Un appartement produit un loyer. Une ferme produit une récolte. La boulangerie du coin produit du pain qu'elle vend chaque matin.
Ces trois choses ont une valeur même si personne ne veut te les racheter demain. Elles crachent quelque chose. Tu peux les garder, elles travaillent pour toi.
Voilà le cœur du sujet. Un token n'a qu'un seul moteur : le prochain acheteur. Retire-le, et il ne reste rien à évaluer. Pas de chiffre d'affaires, pas de marge, pas de bilan.
Rien à lire.
📊 Ce que tu détiens vraiment quand tu achètes une action
Quand tu achètes une action, tu n'achètes pas un ticket. Tu achètes une part de propriété d'une entreprise réelle.
Prends Visa, dont j'ai détaillé l'analyse complète. Derrière l'action, il y a un réseau de paiement présent dans plus de 200 pays et une commission prélevée sur chaque transaction qui y transite.
Il y a aussi des contrats signés avec des milliers de banques, et un rapport annuel de plusieurs centaines de pages que n'importe qui peut télécharger gratuitement.
Tu peux vérifier. Tu peux compter. Tu peux te tromper, bien sûr — mais tu te trompes sur des faits.
Face à un token, tu ne peux même pas te tromper sur des faits. Il n'y en a pas.
Tu ne peux te tromper que sur l'ambiance.
📉 Le chiffre que je n'arrive pas à ignorer
CoinGecko a passé au crible les cryptomonnaies listées sur son terminal : plus de 25,2 millions.
53,2 % ne s'échangent déjà plus. Soit 13,4 millions de tokens éteints. Rien qu'en 2025, ils ont été 11,6 millions à disparaître.
Lis bien ce que ça veut dire. Ce ne sont pas des entreprises tombées après vingt ans de bataille contre leurs concurrents. Ce sont des choses créées, vendues, puis abandonnées.
Une entreprise peut mourir aussi, évidemment. Beyond Meat, chouchou de la bourse il y a quelques années, a frôlé le dépôt de bilan avant de restructurer sa dette.
Ça arrive — c'est précisément pour ça qu'on diversifie. Mais ce sont des accidents dans un marché qui produit majoritairement des business durables. Pas un marché dont la production principale est le vide.
⚖️ Et côté halal, alors ?
Ici je marche prudemment, et c'est normal : je ne suis pas un savant. Je te transmets ce que j'ai lu.
Premier point, que peu de gens connaissent : l'AAOIFI n'a publié aucun standard définitif sur les cryptomonnaies. Quand tu vois passer un post qui affirme « l'AAOIFI a tranché », c'est faux — dans un sens comme dans l'autre.
Deuxième point : les savants sont partagés. Certains estiment qu'un actif accepté comme moyen d'échange par une communauté peut être traité comme un bien. D'autres l'interdisent.
En juin 2026, Cheykh Muhammad Taqi Usmani — qu'Allah le préserve — a signé avec cinq autres savants une fatwa déclarant non valides les transactions réglées en cryptomonnaie, au motif que ces actifs ne relèvent pas du mâl (le bien, la propriété) en droit musulman. Le poids de cette signature compte : c'est lui qui a présidé le conseil charia de l'AAOIFI.
Je ne te dis pas « voilà, c'est réglé ». Le débat continue entre savants, et ce n'est pas à moi de trancher entre eux.
Je te dis simplement ce que je fais quand un sujet cumule deux choses : des savants majeurs qui divergent, et un actif qui ne passe déjà pas le test économique de base.
Le Prophète ﷺ a dit : « Laisse ce qui te fait douter pour ce qui ne te fait pas douter. » (rapporté par At-Tirmidhî)
Je n'ai pas besoin de la crypto. Il existe des centaines d'entreprises réelles, filtrées selon les critères AAOIFI, dont je comprends le métier ligne par ligne.
Pourquoi j'irais chercher le dossier le plus disputé du marché alors que le reste est clair ?
📈 Ce que je fais à la place
Reviens à la phrase de Graham en ouverture. La crypto vit à 100 % dans la machine à voter. Il n'y a rien à peser.
Moi, j'achète des parts d'entreprises que je compte garder 15 ans et plus, en suivant les 6 piliers de l'investissement Quality Growth. Je regarde ce qu'elles gagnent, ce qu'elles doivent, ce qu'elles réinvestissent. Je vérifie leur conformité sur Musaffa ou Zoya, je purifie la part non conforme, et je laisse le temps travailler.
Et dans cette histoire, le filtre halal m'a rendu un service que je n'avais pas anticipé : il m'interdit d'office ce qui carbure au ribâ, à l'incertitude excessive et au pari. L'univers est plus restreint, c'est vrai.
Et tant mieux. Il est aussi beaucoup plus propre.
Pas flashy. Pas rapide. Mais ça marche.
🎯 Ce qu'il faut retenir
- Un actif qui ne produit rien n'a qu'un moteur : le prochain acheteur. Retire-le, il ne reste rien à évaluer.
- Une action, c'est une part d'entreprise réelle — avec des comptes que tu peux lire et vérifier.
- 53,2 % des cryptomonnaies listées ne s'échangent déjà plus. Ce n'est pas un marché qui sélectionne, c'est un marché qui produit du vide à la chaîne.
- Les savants divergent, et l'AAOIFI n'a pas tranché. Quand le doute s'ajoute à un actif déjà bancal économiquement, je m'abstiens.
C'est exactement ce travail de tri que mes élèves apprennent à faire dans le Module 3 de La Roadmap de l'Investisseur Musulman : les 12 critères d'analyse fondamentale qui permettent de regarder n'importe quel actif et de savoir, en quelques minutes, s'il y a quelque chose à peser — ou seulement quelque chose à voter.
En attendant, tu peux déjà faire un premier pas : prends l'actif qui te tente le plus en ce moment, n'importe lequel, et écris sur une feuille la réponse à une seule question — « Qu'est-ce que ça produit, et où est-ce que je peux le vérifier ? » Si tu ne peux pas remplir la deuxième partie en cinq minutes, tu as ta réponse.
Fraternellement,
Mohamed — The Mouslim Investor
Cet article est fourni à titre éducatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les entreprises et actifs mentionnés le sont à titre d'illustration uniquement — ce n'est pas une recommandation d'achat ou de vente. Consulte un professionnel avant toute prise de décision financière.
L'investissement en bourse ne fait pas l'unanimité chez les savants musulmans. Avant de te lancer, fais tes propres recherches.
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